Un joueur retombe d'un rebond près du panier, un pied posé de travers sur le parquet

Entorse de cheville et genou au basket : ce qui les évite

Ce que les essais publiés mesurent vraiment : le travail d'équilibre, la chevillière, le strapping, et le geste exact qui tord la cheville sous le panier.

· 9 min

Sur un parquet, la cheville ne se tord presque jamais toute seule. Elle se tord à la retombée, quand le pied redescend sur celui d’un adversaire venu contester le même rebond. C’est le geste le plus répété du basket, et c’est celui qui coûte des semaines. La parade la mieux mesurée tient sur un mètre carré de parquet et ne coûte rien du tout.

Comment se produit une entorse de cheville au basket ?

À la réception d’un saut, et vers l’extérieur du pied dans huit cas sur dix. Herzog et ses collègues (American Journal of Sports Medicine, 2019) ont recensé 796 entorses de cheville en NBA sur quatre saisons : 80,2 % étaient latérales, 71,2 % impliquaient un contact avec un autre joueur, 71 % se sont produites en match.

Le mécanisme est banal au point d’être invisible. Le pied quitte le sol à plat, il y revient de travers, parce qu’entre-temps quelqu’un s’est glissé dessous. McKay et son équipe (British Journal of Sports Medicine, 2001) ont suivi 10 393 participations à des matchs et relevé 40 blessures de cheville, soit 3,85 pour 1 000 participations. La réception représentait 45 % des cas.

Ramené à un effectif, le compte devient parlant. Dans la même étude NBA, le risque qu’un joueur se torde au moins une fois la cheville dans la saison atteint 25,8 %. Un quart du groupe, chaque année. Trikha et ses coauteurs (Journal of Experimental Orthopaedics, 2025), en analysant 4 532 blessures chez 853 basketteurs universitaires américains, placent la cheville et l’arrière-pied en tête de tout ce qui blesse au basket : 22,2 % des cas, devant le genou à 16,5 %.

Un facteur ressort partout, et il est désagréable : l’antécédent. Chez McKay, un joueur déjà blessé à la cheville avait un risque presque cinq fois supérieur (odds ratio 4,94). Chez Herzog, l’incidence était 1,41 fois plus élevée chez ceux qui s’étaient tordu la cheville dans l’année. La première entorse est un accident. Les suivantes sont une conséquence.

Comment prévenir les blessures au basket, d’après les essais publiés

Par du travail d’équilibre, qui est à ce jour la seule intervention gratuite avec un essai randomisé positif derrière elle. McGuine et Keene (American Journal of Sports Medicine, 2006) ont réparti 765 lycéens de basket et de football entre un programme d’équilibre et un entraînement classique : 1,13 entorse pour 1 000 expositions contre 1,87, p = 0,04.

Le détail compte, parce qu’il désigne qui en profite. Sur 373 joueurs dans le groupe d’entraînement et 392 dans le groupe témoin, l’effet global tenait. Mais quand les auteurs ont isolé les joueurs sans antécédent d’entorse, la différence tombait à 4,3 % contre 7,7 %, et le résultat passait sous le seuil de significativité (p = 0,059). Autrement dit : le bénéfice est net chez ceux qui se sont déjà tordu la cheville, plus incertain chez les autres. Le programme lui-même reposait sur un plateau d’équilibre, yeux ouverts d’abord, yeux fermés ensuite pour durcir l’exercice.

La direction tient au-delà d’un seul essai. Berkey et ses coauteurs (Sports Health, 2024) ont regroupé 10 essais randomisés menés chez des sportifs de 13 à 19 ans et trouvent un rapport d’incidence de 0,74 pour les blessures de cheville, intervalle de confiance à 95 % de 0,60 à 0,91. Un quart de blessures en moins, avec une nuance qu’ils soulignent : les programmes les plus efficaces combinaient plusieurs composantes, renforcement et agilité en tête, et étaient réellement suivis.

Reste une nuance que peu de pages reprennent. Longo et ses collègues (American Journal of Sports Medicine, 2012) ont testé le protocole FIFA 11+ sur 121 basketteurs italiens de haut niveau pendant neuf mois. Les blessures totales ont chuté de 2,16 à 0,95 pour 1 000 expositions. Sur les blessures de cheville et de genou prises isolément, aucune différence significative. Un échauffement conçu pour le football ne protège donc pas automatiquement les articulations que le basket sollicite le plus.

Échauffement basket : que mettre dedans avant de monter sur le parquet

  1. Cinq minutes de course lente, montées de genoux, talons-fesses, jusqu’à avoir chaud.
  2. Des pas chassés et des changements de direction, d’abord lents, puis à vitesse de match.
  3. Un travail d’équilibre sur une jambe, trente secondes par côté, yeux ouverts puis yeux fermés.
  4. Du renforcement du bas du corps : fentes, montées sur pointes, ischio-jambiers.
  5. Des réceptions tenues : sauter, retomber, bloquer la position deux secondes sans laisser le genou rentrer.
  6. Quelques appuis avec ballon, en dribble et en course, pour finir sur du geste réel.

Les points 3 et 5 sont là pour une raison précise. Petushek et ses coauteurs (American Journal of Sports Medicine, 2019) ont passé en revue 18 essais contrôlés portant sur 27 231 athlètes féminines, puis cherché quels ingrédients séparaient les programmes qui font baisser les blessures de ceux qui n’y arrivent pas. Deux ressortent : la stabilisation à la réception, et le renforcement des membres inférieurs.

Deux repères de dosage sortent de la même analyse. Les programmes efficaces duraient en moyenne 24 minutes et se tenaient 2,5 fois par semaine, sur toute la saison, pas seulement pendant la reprise de septembre.

Une réserve honnête sur l’étirement. McKay avait observé en 2001 que les joueurs ne s’étirant pas avant le match se blessaient 2,6 fois plus. C’est une observation, pas une expérience : personne n’a été tiré au sort, et vingt-cinq ans de travaux ultérieurs n’ont pas confirmé d’effet préventif de l’étirement statique. Bougez avant le match pour la mise en température et la coordination. Pas pour la cheville.

Douleur au genou au basket : d’où elle vient le plus souvent

De la tendinopathie rotulienne, le genou du sauteur. Lian, Engebretsen et Bahr (American Journal of Sports Medicine, 2005) ont examiné 613 sportifs de haut niveau dans neuf disciplines : 31,9 % des basketteurs présentaient des symptômes au moment de l’enquête, contre 14,2 % toutes disciplines confondues. Seul le volley faisait pire, à 44,6 %.

Cette douleur-là ne fait pas les gros titres parce qu’elle n’arrête personne d’un coup. Elle use. Drakos et ses collègues (Sports Health, 2010), en dépouillant dix-sept saisons de NBA, comptent 1 658 entorses latérales de cheville (13,2 % des blessures) et 1 493 inflammations fémoro-patellaires (11,9 %). L’entorse arrive en tête du nombre de cas. Le genou, lui, arrive en tête des journées de compétition perdues.

L’autre sujet du genou est le ligament croisé antérieur, et son incidence sépare franchement les sexes. Chez Trikha, sur les 853 joueurs universitaires suivis, les joueuses avaient un risque de rupture du croisé 2,88 fois supérieur à celui des joueurs. Agel, Rockwood et Klossner (Clinical Journal of Sport Medicine, 2016), sur neuf saisons de données NCAA, ajoutent une différence de mécanisme : 60 % des ruptures chez les femmes survenaient sans contact, contre 59 % avec contact chez les hommes. Un appui qui dérobe d’un côté, un choc de l’autre.

Deux chiffres circulent en français sur le genou du basketteur et je ne les reprends pas. Une incidence de 40 % chez les professionnels, d’abord, que je n’ai réussi à rattacher à aucune publication. Une moyenne de 45 sauts par match, ensuite, citée sans étude derrière. Le premier est probablement une déformation du 31,9 % de Lian.

Ce que ça change en pratique : les programmes de prévention visent le geste sans contact. Dans la méta-analyse de Petushek, l’entraînement neuromusculaire fait passer le risque de rupture de 1 sur 54 à 1 sur 111 (odds ratio 0,51), et l’effet est plus marqué chez les collégiennes et lycéennes (0,38) que chez les universitaires et professionnelles (0,65). Commencer tôt paie davantage.

Chevillière, strapping, chaussure : ce qui a des preuves

La chevillière lacée en a, et de solides. McGuine, Brooks et Hetzel (American Journal of Sports Medicine, 2011) ont tiré au sort 1 460 lycéens basketteurs de 46 établissements sur une saison : 0,47 blessure aiguë de cheville pour 1 000 expositions avec chevillière, contre 1,41 sans, rapport de risque 0,32, p inférieur à 0,001.

Un détail de cet essai contredit une idée reçue tenace. On répète partout que les protections ne servent qu’aux joueurs déjà blessés. Ici, l’écart existait aussi chez ceux qui n’avaient jamais rien eu : 0,40 contre 1,35 pour 1 000 expositions. La revue Cochrane de Handoll sur la prévention des lésions ligamentaires de la cheville, publiée en 2001 sur 14 essais et 8 279 participants, allait dans le même sens avec un risque relatif de 0,53 pour les orthèses semi-rigides et les attelles pneumatiques, l’effet étant plus net chez les sujets déjà blessés. Précision d’usage : cette revue a été retirée de la Cochrane Library en 2011, faute de mise à jour, ce qui ne l’invalide pas mais interdit de la présenter comme l’état actuel des connaissances.

Le strapping adhésif, lui, n’est pas au même niveau de preuve. Chez McKay, la tendance à la baisse chez les joueurs déjà blessés n’atteignait pas la significativité (p = 0,06). Quant à la chaussure, la même revue Cochrane range la chaussure modifiée parmi les interventions non concluantes, et le détail des essais sur la tige haute vaut son propre examen : voir ce que les études disent de la tige montante.

Une chevillière ne remplace aucun des exercices de la section précédente. Elle s’ajoute. Le travail d’équilibre et le renforcement se glissent dans n’importe quel programme de préparation physique sans matériel particulier.

Quand consulter après une entorse de cheville

Immédiatement en cas d’impossibilité de poser le pied, de déformation visible, d’un craquement au moment du traumatisme, ou d’une douleur osseuse précise à la palpation. Ces éléments font partie des critères qu’un soignant applique pour décider d’une radiographie. Ils ne servent pas à s’auto-diagnostiquer.

Ces critères portent un nom, les règles d’Ottawa, et ils ont été validés largement : Bachmann et ses coauteurs (BMJ, 2003) ont regroupé 27 études et trouvé une sensibilité de 97,6 % pour écarter une fracture. Le chiffre dit une chose et une seule : appliqués par un professionnel, ils laissent passer très peu de fractures. Leur spécificité est faible, autour de 31 %, donc beaucoup de radiographies reviennent normales. C’est un outil de tri, pas un verdict.

Une page web ne peut ni examiner une cheville ni décider d’un traitement. Ce texte décrit ce que la littérature mesure sur la prévention, rien d’autre. Devant une douleur qui dure, une instabilité qui revient à chaque appui, un genou qui gonfle ou qui lâche, la réponse est un médecin du sport ou un kinésithérapeute, pas un article.

Le réflexe utile est plus terre à terre : après une première entorse, ne pas remonter sur le parquet parce que ça ne fait plus mal. C’est justement le moment où le risque de récidive est le plus fort, et c’est aussi la population chez qui le travail d’équilibre montre son meilleur rendement. Le rebond reste le geste le plus exposé du jeu, sur les deux tableaux : voir comment se positionner au rebond.

Photo de Rédaction Basket93
Rédaction Basket93 Seine-Saint-Denis

On écrit sur le basket depuis la Seine-Saint-Denis, l'un des départements les plus denses de France en clubs et en licenciés. Ce qu'on explique, on l'a d'abord vérifié.

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