Qu’est-ce qu’un rebond au basket ?
Un rebond au basket est la récupération contrôlée du ballon après un tir manqué. Il est offensif si l’équipe qui vient de tirer reprend la balle, défensif si c’est l’autre. Le mot n’est défini nulle part dans le règlement FIBA : sa définition officielle vit ailleurs, dans le manuel des statisticiens.
Ce détail a l’air anecdotique. Il change pourtant la façon de traiter le sujet. Le Règlement officiel de basketball 2024, dans sa version française publiée par la FFBB, compte 111 pages. Le mot y apparaît dix fois. Six fois dans l’expression « places de rebond pour lancer-franc », qui désigne un tracé au sol. Trois fois sous la forme du verbe rebondir, à propos du dribble et de la remise en jeu. Une seule fois pour nommer l’action, à l’article 16.2.5, et encore, en passant.
Cette occurrence unique vaut le détour, parce qu’elle règle une situation de fin de match que peu de joueurs connaissent : « Le chronomètre de jeu doit indiquer 0:00,3 (3 dixièmes de seconde) ou plus pour qu’un joueur puisse prendre le contrôle du ballon lors d’une remise en jeu ou d’un rebond qui suit le dernier lancer-franc dans le but de tenter un panier. » En dessous de trois dixièmes, attraper le ballon puis tirer ne suffit plus. Seuls une claquette ou un smash direct restent valables.
La définition, elle, se trouve dans le Manuel du statisticien de la FIBA, édition 2024, version 1.0, chapitre 4.1. Ce document n’existe pas en traduction française à jour, la version FFBB en circulation datant d’octobre 2009 : on le cite donc en anglais et en discours indirect. Le manuel y décrit le rebond comme la récupération contrôlée d’un ballon vivant par un joueur ou par une équipe, ce qui inclut le droit à la remise en jeu après un tir ou un dernier lancer-franc manqué. L’édition 2024 fait entrer le rebond d’équipe dans la définition elle-même, là où la traduction de 2009 le traitait à part.
Retenez le mot vivant. Il corrige au passage l’erreur la plus répandue sur le sujet en français, celle qui prétend que le ballon serait mort pendant le vol d’un tir. L’article 10 dresse la liste des cas où le ballon devient mort, et un tir manqué n’y figure pas. S’il devenait mort, le goaltending n’aurait aucun sens.
Rebond offensif ou rebond défensif ?
Le rebond est offensif quand l’équipe qui vient de tirer récupère son propre tir manqué, défensif quand c’est l’équipe qui défendait. La distinction se lit aussi sur le chronomètre : après un rebond offensif, le chronomètre des tirs repart à 14 secondes au lieu de 24, à condition que le ballon ait touché l’anneau.
| Rebond offensif | Rebond défensif | |
|---|---|---|
| Qui récupère | L’équipe qui a tiré | L’équipe qui défendait |
| Chronomètre des tirs (art. 29.2.7) | 14 secondes | 24 secondes |
| Condition du décompte | Le ballon doit avoir touché l’anneau | Le ballon doit avoir touché l’anneau |
| Ce que ça ouvre | Une seconde chance sur la même possession | Une contre-attaque |
L’article 29.2.7 est le seul endroit du règlement où le rebond offensif produit une conséquence chiffrée, et il ne le nomme pas davantage. Il écrit que le chronomètre repart à « 14 secondes si l’équipe qui regagne le contrôle du ballon est la même équipe que celle qui avait préalablement le contrôle du ballon avant que celui-ci touche l’anneau ». Toute la phrase repose sur le contact avec l’anneau. Un tir trop court qui ne touche rien et qu’un attaquant récupère ne déclenche aucune réinitialisation : le décompte poursuit sa course, et il reste ce qu’il reste. Les décomptes voisins sont détaillés dans les règles des 24, 8 et 5 secondes.
Un troisième cas existe, que le manuel des statisticiens prévoit et que les pages françaises sur le rebond ignorent presque toutes : le rebond d’équipe. Quand le ballon sort des limites du terrain après un tir manqué sans qu’aucun joueur l’ait contrôlé, quand une faute est sifflée dans le même intervalle, ou quand le ballon se coince entre l’anneau et le panneau, le rebond est porté au compte de l’équipe qui bénéficie de la remise en jeu. Personne ne l’a pris, il est quand même compté.
À partir de quand a-t-on le droit de toucher le ballon ?
Dès qu’il a touché l’anneau. Avant, l’article 31 interdit de toucher un ballon entièrement situé au-dessus du niveau de l’anneau et descendant vers le panier, ou revenu du panneau. Toucher l’anneau ou le panneau pendant que le ballon repose dessus est également sanctionné. C’est cette règle qui ouvre le rebond.
Le vocabulaire officiel français est « intervention illégale sur le ballon », le règlement conservant entre parenthèses le terme anglais goaltending. Il distingue deux familles. L’intervention sur le ballon vise le contact avec la balle elle-même. L’intervention sur le panier vise l’anneau et le panneau : un joueur qui les touche alors que le ballon est en contact avec le cercle, un joueur qui passe le bras à travers le panier par en dessous, un joueur qui fait vibrer l’arceau ou s’y accroche de manière à modifier le sort du tir.
Les deux restrictions tombent au même moment. L’article 31.2.3 les fait courir jusqu’à ce que le ballon touche l’anneau, ou n’ait plus aucune chance d’entrer. Autrement dit, la seconde où la balle claque sur le cercle est celle où le rebond devient jouable pour tout le monde. Les joueurs qui anticipent bien ne sautent pas plus haut que les autres, ils partent à cet instant-là plutôt qu’avant.
La sanction n’est pas symétrique, et c’est là que les jeunes intérieurs se font piéger. Un attaquant qui commet la violation perd le panier et le ballon. Un défenseur qui la commet offre le panier comme s’il était rentré, 2 ou 3 points selon la zone de tir. Sur un dernier lancer-franc, il donne le point et prend en plus une faute technique. Retirer un ballon posé sur le cercle coûte donc toujours plus cher en défense qu’en attaque.
Le box-out est-il autorisé par le règlement ?
Oui, et le texte le décrit sans jamais employer le mot. Se placer devant un adversaire pour l’empêcher d’atteindre le ballon est un écran au sens de l’article 33. Il est légal si le joueur est immobile, à l’intérieur de son cylindre, et les deux pieds au sol au moment du contact. Il devient faute dès qu’il se déplace.
La définition de l’écran s’applique mot pour mot au box-out : « Il y a écran lorsqu’un joueur essaie de retarder ou d’empêcher un adversaire sans le ballon d’atteindre une position désirée sur le terrain de jeu. » Au rebond, l’adversaire est effectivement sans ballon, et la position désirée est l’espace sous le cercle. Le geste que les entraîneurs français appellent écran de retard n’a donc besoin d’aucune règle spéciale. Il tombe sous l’article général, avec ses conditions et ses limites.
Ces limites sont précises. Un écran posé dans le champ visuel d’un adversaire immobile peut l’être aussi près qu’on veut, tant qu’il n’y a pas de contact. Posé hors de son champ visuel, ce qui est le cas normal au rebond puisque le défenseur tourne le dos, il doit laisser à l’adversaire la place de faire un pas normal. Sur un joueur en mouvement, les éléments de temps et de distance s’appliquent, et le règlement borne l’espace à laisser : jamais moins d’un pas normal, jamais plus de deux.
Le reste se joue avec les bras, et l’autorisation y est temporaire. Coudes écartés pour prendre sa place sur le terrain, c’est permis. Coudes encore dehors quand l’adversaire cherche à passer, le texte tranche : « il y a obstruction ou tenu ». La bascule dépend donc de ce que fait l’autre joueur, pas de la position du bras. En club, c’est le coup de sifflet le plus fréquent au rebond, et il vise rarement le bras lui-même : il vise le joueur arrivé second, qui rattrape avec l’avant-bras. Le cylindre et ses limites sont détaillés dans la position de défense au sens du règlement.
Une dernière protection, celle du sauteur, et elle porte plus loin qu’on ne le croit. Le joueur parti du sol a le droit de retomber où il a décollé, mais aussi ailleurs, à condition que le point de chute et le trajet pour y aller n’aient été occupés par personne au moment du saut. Emporté par son élan au-delà de ce point, il redevient responsable du contact. Se glisser sous un joueur déjà en l’air relève, à l’inverse, d’une sanction plus lourde qu’une faute ordinaire. Sauter le premier, au rebond, protège autant que ça fait gagner des centimètres.
Où se placer au rebond sur un lancer-franc ?
Le règlement attribue les places, et il ne laisse aucun choix. Trois emplacements sont tracés de chaque côté de la raquette, six en tout, occupés en alternance par les deux équipes. Les deux plus proches de la ligne de fond, donc du panier, reviennent aux adversaires du tireur. L’article 43.2.4 leur donne une profondeur d’un mètre.
C’est la partie la plus concrète du sujet, et aucune des pages françaises bien classées sur le rebond ne l’aborde. La figure 7 du règlement montre la répartition : les deux emplacements du bas pour l’équipe qui défend, les deux suivants pour celle du tireur, puis un troisième pour la défense d’un côté seulement. Cinq places occupées sur six, et les deux meilleures acquises d’avance. Sur un lancer-franc, la position de rebond est donc distribuée par le texte, pas gagnée sur le terrain. Un entraîneur qui se plaint de ne jamais prendre de rebond offensif sur lancer-franc se plaint d’un tracé au sol.
Le reste de l’article 43.2 encadre le départ. Les joueurs placés dans ces emplacements ne peuvent ni entrer dans la zone restrictive, ni dans la zone neutre, ni quitter leur place tant que le ballon n’a pas quitté la main du tireur. Ceux qui ne sont pas dans les places doivent rester derrière le prolongement de la ligne de lancer-franc et derrière la ligne à 3 points. Une infraction à ces dispositions est une violation.
Reste le cas des lancers-francs intermédiaires. Quand un lancer doit être suivi d’un autre, tous les joueurs se tiennent derrière la ligne à 3 points et derrière le prolongement de la ligne de lancer-franc. Personne n’occupe les places, et pour cause : selon l’article 10, le ballon devient mort dès qu’il est visible qu’un tel lancer n’entrera pas. Il n’y a donc pas de rebond sur un premier lancer manqué, ni au sens du jeu, ni au sens des statistiques.
Peut-on rester dans la raquette pour prendre un rebond ?
Pendant le vol du ballon, oui. La règle des 3 secondes de l’article 26 ne vaut que si l’équipe du joueur contrôle un ballon vivant dans sa zone avant. Or l’article 14.1.3 met fin à ce contrôle dès que le ballon quitte la main du tireur. Le décompte s’arrête donc au moment du tir.
L’article 26.1.2 le confirme par un autre chemin, en accordant une tolérance au joueur qui se trouve dans la zone restrictive pendant que lui ou un coéquipier est en action de tir. Deux articles, la même conséquence pratique : un intérieur n’a pas à sortir de la raquette parce que son arrière déclenche. Il peut y rester le temps du vol, et le compte ne repart que lorsque son équipe reprend le contrôle du ballon, c’est-à-dire s’il capte le rebond offensif.
Beaucoup de joueurs formés en club appliquent l’inverse, sortent au moment du tir, et arrivent au rebond depuis l’extérieur de la raquette. La correction ne coûte rien et se fait à la parole, ce qui la rend plus rentable que n’importe quel exercice de détente.
Le contrôle une fois pris, le sujet bascule dans le jeu de jambes. Un rebond capté en l’air puis reçu sur les deux pieds en même temps laisse le pied de pivot ouvert, puisque c’est celui qui reste au sol quand l’autre se lève. Capté après un appui, puis suivi d’une réception à deux pieds, il n’en laisse aucun, et le joueur qui pivote ensuite marche. Ce cas précis est traité dans le pied de pivot et les trois façons de s’arrêter.
Un mot sur ce que cette page ne contient pas. Les pages françaises sur le rebond avancent des pourcentages de balles qui retomberaient du côté opposé au tir, des totaux de carrière en NBA, des records de rencontre, des tailles et des séries de répétitions chiffrées. Aucune ne cite d’où elle les tient. La version précédente de cette page ajoutait un tableau de drills avec des séries et des répétitions, un match universitaire sans date, et un joueur de dix-huit ans qui n’existe pas. Rien de tout cela n’est repris ici, faute de pouvoir remonter à une source. Le règlement, lui, se télécharge et se vérifie ligne à ligne, et il dit déjà beaucoup sur un mot qu’il ne définit jamais.
Le rebond n’appartient d’ailleurs à aucun poste. Le texte ne connaît que des joueurs, et rien n’y attribue le travail sous le cercle aux grands gabarits, comme le rappelle le fait que la FIBA ignore les cinq postes.
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